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CANNES 2014 #4

Article rédigé pendant le Festival de Cannes 2014, entre deux visionnages de films...

Un groupe d'amis qui traverse en van le Texas est agressé et massacré par une famille de rednecks dégénérés.

Restauration 4K exceptionnelle supervisée par le réalisateur.

Tout a été dit et écrit ou presque sur ce chef-d'œuvre de l'horreur seventies. Mais à l'heure de son 40ème anniversaire, notre regard a-t-il changé ou évolué sur ce film ? Tout d'abord il faut admettre que la vague du "torture porn" ("Saw", "Hostel"...) dans les années 2000 a relevé la barre très haut en matière d'images insoutenables ; la vague de remakes des classiques de l'horreur 70s qui a suivi a établi sur les écrans un niveau de violence et de brutalité jamais atteint auparavant ("La colline a des yeux" et bien d'autres, jusqu'à "Texas..." lui-même). Ainsi la nature du choc ressentie devant "Texas..." est-elle déplacée aujourd'hui sur ce que le film a de meilleur : l'aspect quasi expérimental de sa mise en scène et sa violente subversivité. Rarement un film dit d'"horreur" ne s'est permis à ce point de basculer dans l'abstraction tout en donnant l'impression au spectateur de patauger dans le gore le plus crasseux. On songe notamment à la composition autour du cercle (soleil, oeil, bouche...) qui fait circuler la pulsion de mort dans le film. Sans parler des inserts photographiques du début. A l'époque de sa sortie, "Texas..." est aussi un des premiers films où le monstre est un homme, qui maîtrise totalement le cadre dans lequel évolue l'histoire. Il montre que la violence la plus extrême se situe au fin fond de l'Amérique et non au Vietnam, et qu'une partie de ses citoyens sont redevenus des "sauvages". Ce renversement choque aujourd'hui encore, car il postule le retour toujours possible à un état de déshumanisation...

Il faut enfin dire un mot de l'accueil triomphal de Tobe Hooper dans le Théâtre de la Croisette, avec une standing ovation interminable qui l'a laissé sans voix et extrêmement ému. Nicolas Winding Refn, venu l'introduire, a tenu à dire qu' il lui réservait dans son cœur la palme d'or qu'il aurait dû avoir selon lui il y a 40 ans... Il ne faut pas prendre cette déclaration trop à la légère. En effet N W Refn représente une nouvelle génération de cinéphiles pour qui des films autrefois méprisés constituent aujourd'hui des objets d'admiration et de culte absolus. Après Carpenter, Argento, Romero, Tobe Hooper est peut-être un des derniers à avoir bénéficié de la reconnaissance du milieu de la critique professionnelle et universitaire. Une telle ovation était impensable il y a 40 ans à Cannes. C'est une belle revanche, une justice rendue pour tous les cinéphiles qui ont toujours su au fond d'eux-même qu'ils avaient raison d'admirer ce film et qu'il n'était pas un simple produit de la sous-culture ; mais c'est en même temps le signe que toute cette ultra-marginalité cinéphile a été définitivement absorbée, ré-intégrée au centre du "système" (Cannes). Où peut-on trouver aujourd'hui une marginalité cinématographique d'une telle puissance, qui n'ait pas été récupérée, digérée, neutralisée ? Il faut bien admettre que le paysage est déserté.

JPL

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Massacre à la tronçonneuse [The Texas Chainsaw Massacre] de Tobe Hooper (Etats-Unis, 1974)

Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2014

"Massacre à la Tronçonneuse" est ressorti en salles le 29 octobre 2014 (distribué par Carlotta).