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ARTE KINO FESTIVAL 2016 #4

Film vu en streaming dans le cadre du festival  https://www.artekinofestival.com/

 

Les pérégrinations de Polichinelle et d’un bufflon dans une Italie « bella e perduta », soit « belle et perdue ». 

Le cinéaste Pietro Marcello signe un drôle d’objet audiovisuel, entre film essai, documentaire, et expérimentation cinématographique, qui déroutera plus d’un spectateur. Le réalisateur italien travaille en effet un cinéma assez exigeant, sans artifices et pourtant extrêmement sophistiqué, qui convoquent harmonieusement, ou serions-nous tenté de dire un peu scolairement, Bresson ("Au hasard Balthazar"), Buñuel ("La voie lactée") mais aussi Malick, Fellini, Tati, Godard … 

Désorienté par les références transalpines historiques et contemporaines souvent obscures, "Bella e perduta" se regarde comme un beau film sur la Nature, l’Homme, l’Animal, le passage du Temps… L’oeuvre prend le risque de nous épuiser par ses métaphores, symboles et allégories, à moins d’accepter le postulat diégétique de Marcello. La narration prendra donc la forme d’un poème en prose cinématographique, à l’antithèse d’un récit linéaire et académique, en effectuant des allers-retours entre réel et imaginaire ou encore entre tradition (commedia dell'arte) et modernité.

Le contrat consenti, des fulgurances esthétiques jaillissent tout de même de ce buddy-road-movie bucolique hors-norme. Comme par exemples, la photographie naturaliste impressionnée sur pellicule argentique, elle-même trace d’une époque révolue, l’utilisation habile des archives mixées à des images contemporaines ou encore l’anthropomorphisme du jeune buffle, ici narrateur et sage observateur d’un monde qui s’écroule au profit d’un autre (idée à la fois naïve et touchante, son point de vue est tourné en Super 8, support fragile et imparfait). 

Aux confins d’une Italie surréelle, peuplée de personnages hirsutes ou lunaires, l’inclassable "Bella e perduta" semble nous inciter à une certaine rêverie nostalgique qui se référerait à un espace-temps en fin de compte imaginaire. 

Aurelio

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Bella e perduta un film de Pietro Marcello (Italie, 2015)

Sorti en salles en France le 1er juin 2016

 

 

 

Crédit photo : Shellac