Chaos Walking (Doug Liman, 2021)
CHAOSNERIE SANS FILTRE
Par Jean-Paul Lançon
Suite de la rubrique parrainée par Cinetrafic. Le principe est simple : ils nous envoient gratuitement un film en DVD (fourni ici par un Metropolitan Films), et nous nous engageons à en rédiger une critique.
On retiendra peut-être Chaos Walking comme un des jalons les plus pénibles de la longue surenchère conceptuelle des films de SF américains. Ou on l’oubliera plus sûrement comme un de ces produits audio-visuels ultra-markettés, autrement appelés « contenu », et dont la bande-annonce est la seule raison d'être.
De quoi parle cette chose ? On peut la résumer comme un western de science-fiction sur le féminicide, dans lequel seuls les hommes émettent un « bruit » qui traduit à voix haute leurs moindres pensées. Dans cet univers où il devient littéralement impossible de mentir, les femmes échappent miraculeusement à cette malédiction. Ce qui, à la surprise générale, a le don d’en énerver quelques-uns.
Dans Chaos Walking, il faut faire gaffe à ce qu'on dit et même à ce qu'on pense. Ambiance.
Je ne m’intéresserai qu’à ce concept de « bruit » pour tenter d’analyser le film, qui ne présente sinon aucun intérêt et dont la facture insipide et standardisée le prédestinait aux fonds de catalogue estampillés Netflix.
Fausse bonne idée de mise en scène, le « bruit » se révèle en effet dès les premières minutes comme une machine à détruire toute intériorité des personnages et donc toute dramaturgie. On oscille entre le pathétique et le grotesque, avec pour sommet du ridicule une expression du désir aussi propre et aseptisée que dans une production Disney (on regrette ici que le projet n’ait pas été récupéré par la bande à Seth Rogen…). Le comble étant que ce délire puritain aboutisse (mais est-ce une surprise) à un sentiment d’obscénité presque aussi malaisant qu’un film porno, puisque le « bruit » nous donne à voir une intimité normalement inviolable.
Remarquons au passage que la représentation visuelle de ce « bruit » est plutôt honnêtement exécutée : comme d’habitude dans ce genre de naufrage, les effets spéciaux tirent leur épingle du jeu, mais c’est justement leur capacité récente à pouvoir représenter tout et n’importe quoi qui débouche sur une démesure bien connue (Marvel & Co), et se vautre dans la bêtise de vouloir représenter visuellement ce qui n’a pas à l’être (une simple voix off eût été plus efficace).
Quant au fond de l’affaire, ce qui structure idéologiquement le film, il est à chercher dans un discours pseudo-féministe assez pervers, puisqu’il présuppose que les hommes ont de mauvaises pensées qu’ils ne savent pas maîtriser et que les femmes, pleines de sagesse, n’en ont aucune (de pensées ; ou d'arrière pensées ; ou de pensées arriérées...). Bien qu’il se présente comme une parabole sur le féminicide et une déconstruction du virilisme, le film aboutit donc finalement à valider les pires clichés de genre.
Au bout du compte, on peut comparer le « bruit » du film avec ce qu’on appelle le « bruit médiatique » : à savoir un brouhaha informe (chaos walking ?) charriant des tweets et des images à l’infini, sans jamais leur donner la moindre cohérence, se coulant plus ou moins dans les discours porteurs du moment, avec la même conviction et le même sérieux qu’un politicien véreux ou un producteur de plateforme VOD.
« Chaos Walking » de Doug Liman (USA, 2021)
Avec : Tom Holland, Daisy Ridley, Mads Mikkelsen, Demian Bichir...
On peut voir Chaos Walking à partir du 1er septembre en DVD et Blu-Ray chez Metropolitan Films Vidéo (Facebook / Twitter) et en VOD un peu partout.
Fiche Cinetrafic : https://www.cinetrafic.fr/film/56447/chaos-walking
Crédits photo : Metropolitan Films.

