MOMMY AOPilon12

CANNES 2014 #3

Article rédigé pendant le Festival de Cannes 2014, entre deux visionnages de films...

La relation chaotique entre une mère veuve et instable et son fils, atteint de troubles du comportement (hyper possessivité, aggressivité, vols, etc.).

"Mommy" est un film d'auteur indépendant comme on aimerait en voir en France : décomplexé en termes de filiations cinématographiques (nouvelle vague, réalisme poétique...), ne reculant pas devant les effets même légèrement faciles ou racoleurs (ralentis, musique populaire un peu cheap), avec des acteurs ne donnant pas l'impression de jouer (au sens américain). Même le milieu semi-white trash du film ne donne pas lieu à un positionnement "social" de l'auteur (avec discours engagé etc.).

On sait donc gré à Dolan de faire un film d'une sincérité cinématographique (artistique) absolue, mais la qualité extraordinaire de l'écriture (situations, dialogues, jeu des acteurs) ne peut pas cacher la faiblesse de son ambition cinématographique. Clairement, Dolan n'a rien de spécialement nouveau à explorer, à montrer, et il ne cherche pas à créer une forme capable de penser le film (comme le disait Godard avec justesse). La seule trouvaille consiste à jouer sur le format de projection qui demeure exigu (1:1) tout au long du film, pour appuyer la sensation de détresse et d'étouffement vécue par le couple mère-enfant ; en deux endroits ce format s'élargit (en 1:1,85), lorsque le trio formé avec la voisine arrive enfin à vivre un peu de bonheur. Mais cela reste insuffisant pour produire une vision cinématographique singulière. Le film peut donc devenir insupportablement long si l'on n'est pas bouleversé par l'histoire, c'est-à-dire si l'affectif qui est le seul moteur du film ne nous atteint pas. Il est vrai cependant que peu de gens resteront insensibles à ce drame, ce qui devrait assurer son succès.

JPL

Mommy

Mommy de Xavier Dolan (Canada, 2014)

En compétition, Cannes 2014

"Mommy" est sorti en salles le 8 octobre 2014.

Crédits: Diaphana