Capture d’écran 2015-05-17 à 22

CANNES 2015 #4

Article rédigé pendant le Festival de Cannes 2015, entre deux visionnages de films...

Trois histoires d'amour à deux décennies d'intervalle dans deux villages des Balkans déchirés par la guerre. Trois couples différents incarnés par les mêmes acteurs.

Le réalisateur croate Dalibar Matanic, à peu près inconnu ici en France, nous livre avec ce film un triptyque conceptuel sur la survivance de l'amour, à travers les guerres inter-ethniques qui ont ravagé les Balkans dans les années 90. La méthode n'est pas exactement nouvelle et on repense déjà à Intolérance de Griffith, où l'amour et la haine s'affrontent à travers les âges avec une subtilité pachydermique. Mais il faut avouer que Matanic évite assez bien l'écueil démonstratif, en se concentrant dès le début (en 1991, début des conflits) sur un couple attachant de jeunes villageois insouciants. Tels Roméo et Juliette, leur amour est anéanti par la haine réciproque de leurs congénères. Le réalisateur fait ensuite rejouer les mêmes acteurs pour incarner un couple potentiel dix ans plus tard, mais dont la guerre et ses rancœurs empêchent toute relation apaisée. Et enfin les mêmes acteurs à nouveau, en 2011, pour symboliser l'exode et le déracinement.

La force du film réside dans cette vision historique d'une jeunesse, qui va de l'innocence (la famille, la communauté du village, la tradition, la nature) à l'éclatement complet, le décérébrage voire la zombification (oubli de soi dans la drogue et les rave party), en passant par l'amertume de l'après-conflit, qui autorise encore les pulsions, mais interdit l'amour.

Étonnamment, le réalisateur achève son film sur une note d'espoir...

D'un point de vue formel, il n'y a pas grand chose à dire en revanche sur ce film qui s'aligne sur les canons esthétiques du cinéma d'auteur international. Non sans un certain talent, doit-on lui concéder.

JPL

Capture d’écran 2015-05-17 à 22

 

Zvizdan (Soleil de plomb) de Dalibor Matanic (Croatie, 2015)

Un certain regard, Cannes 2015 / Dimanche 17 mai, 16h30

Pas de sortie en salles prévue en France