Village Roadshow Films (BVI) Limited

CANNES #XXX (OFF)

Film vu à 907 km de la Croisette quelques jours après sa présentation Hors compétition au Festival de Cannes.

Quand les premiers spectateurs happy few sont sortis de la projection de "Mad Max Fury Road", jeudi dernier vers 10h30, les réactions recueillies sur les réseaux sociaux étaient extatiques voire orgasmiques. Comme il est maintenant coutume après chaque avant-première, les avis postés sur Twitter ont été excessifs, sans demi-mesures, et utlisaient des adjectifs les plus dithyrambiques possibles. Pour "Mad Max Fury Road" (MMFR), le même argument implacable était brandi par la plupart des festivaliers : aucun temps mort, pas de répit, une oeuvre 100% action.

Après les deux heures de film, on ne peut que s'incliner devant cette donnée purement factuelle : les moindres scènes psychologiques risquant de dérouter le programme initial sont rapidement évacuées par George Miller. Le programme  minimal de MMFR étant celui d'aller d'un point A à un point B (et, oh surprise, de retourner au point A). Le problème est que ce schéma simple, la quintessence de la narration, avec son déroulé à 300 km/h, semble masquer un désintérêt évident pour ses personnages. Ici, chaque rôle est réduit à quelques attributs ou accessoires permettant de les typifier d'un coup d'oeil et tant pis si on s'engouffre dans certains clichés… Le fade Mad Max, joué par un Tom Hardy à la voix toujours bizarrement gutturale (post-Bane dans "The Dark Knight"), s'efface alors derrière Furiosa (post-"Tank Girl"). Charlize Theron parvient à donner à son rôle une certaine consistance - au moins son personnage possède un réel but, une histoire, un regard… Quant au discours présupposé féministe (post-Femen), Luc Besson n'aurait pas fait mieux, c'est dire. "Non, nous ne sommes pas des choses" répètent en boucle vainement les jeunes "pondeuses". Ici ou là, on déniche quelques métaphores sur notre monde contemporain: la barbarie de Daech, le discours écolo, la guerre de l'eau... Mais on n'est plus vraiment sûr de ces extrapolations.

En fait, MMFR a pour seule proposition son monde de poussières, de pistons, de gasoil, de métal, de pantins hurleurs tatoués aux bouches chromées et de mannequins Victoria's Secret aux toges blanches immaculées. En échange de cet univers-barnum que l'on peut trouver franchement kitsch ou grotesque, George Miller ne propose pas de véritable vision cinématographique. Bien sûr, il y a une prouesse technique, évidente, derrière chaque poursuite, chaque cascade, chaque explosion, mais aucun plan ne semble véritablement incarné par un metteur en scène. Un storyboard, aussi précis et suivi soit-il, ne suffit pas à créer un oeuvre cinématographique et gare au surdécoupage. Plus embêtant, George Miller use parfois de tics assez lourds et gênants qu'on croyait avoir enterré avec les années 1990 et 2000. Tels ses flash-backs en forme de flashs justement (sérieux ?) ou encore ses mouvements de caméra bruités qui nous rappellent des souvenirs assez désagréables passés en compagnie de Kounen ou Jeunet. Précisons que le film est tartiné d'une musique au mètre indigeste mais cette tare n'est malheureusement pas propre à MMFR (et plus personne ne semble y prêter attention).

Finalement, en sortant de la projection de ce turbo-film à moteur hybride carsploitation / blockbuster, on demeure bien incapable de repenser à un plan de cinéma particulièrement marquant  - contrairement à d'autres films gros budget loués pour leurs scènes d'action ces dernières décennies ("Terminator 2", "Matrix"  dans les 1990s, "The Dark Knight Rises" dans les 2000s, "The Raid 1 & 2" plus récemment). A défaut de cinématographie, il nous reste des traces d'images plus ou moins prégnantes. Des visuels proches d'un spectacle de cirque ou d'un comic déjanté, tels ces tableaux dantesques post-apocalyptiques, de feu et de sang, fourmillant de détails, presque à la Jérôme Bosch . Mais ces performances spectaculaires étaient déjà dans la bande-annonce.


Aurelio

MMFR2

 

Mad Max Fury Road de George Miller (Australie, 2015)

Festvial de Cannes, Hors Compétition

Sortie en salles le 14 mai 2015

Crédits : Village Roadshow Films (BVI) Limited