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ARTE KINO FESTIVAL 2016 #1

Film vu en streaming dans le cadre du festival  https://www.artekinofestival.com/

 

Kostis, la quarantaine, rondouillard et dépressif, débarque sur une petite île grecque dans laquelle il est affecté comme médecin généraliste.  D'un caractère asocial, il rencontre par hasard un groupe de jeunes touristes pleins de vie, festifs et décomplexés. Kostis s’amourache alors d’Anna, irrésistible nymphe de 21 ans …

Au fond, "Suntan" est un drame coming-of-age (un ado devient un adulte après plusieurs épreuves), sauf que le personnage principal a ici la quarantaine bien tassée et la maturité d’un gamin de 14 ans. Le réalisateur Argyris PapadimitropouI, qui signe son troisième long-métrage, n’épargne donc rien au rôle de Kostis (Makis Papadimitriou), quitte à forcer le trait avec un certain sadisme : inadapté social, mal à l’aise avec son corps, tartiné de crème à bronzer, éjaculateur précoce et, comble de la ringardise, coiffé d’un bob. La quête désespérée du médecin pour se faire accepter par la communauté hédoniste se regarde presque comme un teen-movie cruel mais aussi, plus ennuyant, prévisible. Car le problème principal de "Suntan" c’est son enrobage sans surprise, dès les premières minutes du film.

En prélude, pour les scènes hivernales, PapadimitropouI enchaîne un peu trop facilement les longs plans fixes distanciés pour signifier le quotidien pesant et morne de Kostis. Quand l’île se mue en gigantesque orgie estivale, la mise en scène devient, sans grande subtilité, plus mobile et relativement quelconque. "Suntan" comporte d’ailleurs de nombreuses séquences de fête, filmées platement (visages extatiques qui bougent au ralenti sur des lumières stroboscopiques pour bien appuyer le sentiment de laisser-aller - une figure cinématographique devenu obligatoire dans de nombreux films contemporains européeens). Le film se réduit alors à Kostis errant au milieu de nuits agitées et hystériques, tout en souffrant de ne pas en faire partie. Ne maitrisant pas les codes de la génération-jouissance, toutes ses tentatives pour s'incruster dans le cercle hédoniste s’avéreront être des échecs, d’où une succession de scènes glauques mais surtout complaisantes, le contraste entre les deux mondes étant trop évident dès le départ. On finit par se demander si Papadimitropoul a plus d’empathie (ou de mépris) pour, d’un côté, le docteur et son amour naïf, « pathétique » (ainsi qualifié par le petit ami de Anna), et de l’autre, la bande de fêtards dégénérés qui se promènent à poil durant une bonne moitié du film.

La relation entre Anna et Kostis, la belle et la bête, est finalement un des seul intérêt du film mais demeure hélas peu approfondie. L’attrait sincère de Kostis, le médecin à la quarantaine bedonnant, pour la jeune Anna, insouciante et désirable, nous rappelle d’autres tentatives filmiques avec cette thématique, et plus réussies, telles que "Un moment d’égarement" (Berri, 1977), "Heavy" (Mangold, 1995) ou encore le "Lolita" de Kubrick, d’ailleurs explicitement cité. PapadimitropouI finit par trouver une issue en s’engouffrant dans une veine plus sombre, quand le désir physique se transforme en amour obsessionnel, voire en fétichisme, qui doit être satisfait à tout prix. Mais cette rupture de ton arrive trop tard, puisque que cette séquence précède le générique de fin.

Aurelio

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Suntan un film de Argyris PapadimitropouI (Grèce, 2016)

Sortie en salles le 31 mai 2017.

 

 

 

Crédit photo : Marni FIlms