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CANNES 2015 #5

Article rédigé pendant le Festival de Cannes 2015, entre deux visionnages de films...

 

Yusuke, le mari de Mizuki, mort noyé trois ans plus tôt, revient soudainement à la maison. Elle ne semble pas si étonnée de le revoir. Il l'emmène en voyage sur les traces de son parcours pour revenir d'entre les morts. Elle découvre avec lui que de nombreux morts se promènent parmi les vivants.

Énième variation sur le thème des fantômes japonais, ce dernier film de Kiyoshi Kurosawa (révélé notamment par "Kaïro" en 2001) prend le genre à contre-pied en le traitant sous l'angle de la normalité. Ni effroi ni surprise, les apparitions / disparitions des morts étant mises en scènes par le biais de simples champs / contre-champs. Le propos est lui aussi extrêmement simple : la gentille petite Mizuki, n'arrivant pas à faire le deuil de son mari, le fait revenir le temps d'un dernier voyage. Son fantasme se projette aussi sur le monde qui l'entoure et elle voit des morts partout, vaquant à leurs occupations au milieu des vivants.

Une poésie réelle se dégage du film et de cette vision des morts qui reviennent sur terre et restent tant qu'ils n'ont pas complété leur vie, ou résolu leurs problèmes avec leurs proches.

Mais une fois qu'on a dit cela, il faut se tourner vers "l'éléphant dans la pièce", comme disent les Anglais, à savoir : l'extraordinaire lenteur du film, l'incroyable étirement de la moindre séquence, et une bande-son aux silences pesants, qui plongent le spectateur dans une sorte de poche temporelle sous sédatif. Expérience bien étrange que cette projection du film à Cannes à 21h45, après une longue journée passée à piétiner dans les files d'attente... Il fallait voir les yeux embrumés des spectateurs à la sortie du film vers minuit, puisant dans leurs dernières forces pour descendre les marches de la salle Debussy, comme s'ils revenaient d'entre les morts... Expérience collective d'une véritable épreuve de visionnage, de lutte contre la puissance soporifique du film.

En ce sens, on ne peut que saluer le tour de force de Kurosawa, qui d'une certaine manière a fait naître le fantastique hors de l'écran grâce à la torpeur hypnotique de son film.

Précisons tout de même enfin que son précédent métrage, "Real" (2013), était plus réussi avec ses incursions dans le film de monstre et des basculements rêve / réalité à la Philip K Dick.

JPL

vers l'autre rive

Vers l'autre rive [岸辺の旅] de Kiyoshi Kurosawa (Japon, 2015)

Un certain regard, Cannes 2015

Sortie en salles prévue en France : rentrée 2015

Crédits : Version-Originale Sous-Titrée distribution